J'ai les bras qui en tremblent de taper ce que je vais taper... Et j'arrive pas à dormir... Faut que j'extériorise...
Ok j'ai pas à me plaindre on pourrait me dire, y'a pire, etc...
Mais je vais juste vous demander de vous mettre 5minutes à ma place. Immaginez vous passer à côté de votre enfance, de votre adolescence, de gâcher des moments où vous auriez pû vous éclatez, bousiller vos études alors que vous n'êtes pas spécialement idiot... Tout ça parce que vous êtes mal dans votre peau, parce que vous avez un problème d'identité... Immaginez-subir des moqueries et des critiques pendant des années et toujours faire comme si ça aller. Immaginez-vous vous faire dévalorisez au point de vous dévalorisez vous-même, de ne plus avoir confiance en vous, de ne plus oser sortir, de ne plus oser parler à des inconnus, de vous isoler socialement, de vous haïr au point de vouloir faire du mal à votre corps, de pleurer sans même trop savoir pourquoi parfois, d'avoir un dégoût de votre corps au point d'en avoir la nausée devant votre miroir....Vous-y êtes ? Bienvenu dans mon monde....
Je vais essayer de faire court pour le passé, car le présent m'intéresse, et comme je dis : le passé est le passé...
On va commencer par mon enfance...
Dur, très dur... Les enfants sont cruels entre eux. En primaire, pas d'amis.. et comme si les moqueries des autres ne suffisaient pas, j'ai subies celle d'une maîtresse que j'ai eu pendant deux ans. A la maison, incompréhension totale. Je ne suis pas comme mes soeurs (une grande et une petite). J'aime les jeux de garçon, je suis dur, très dur, mais sensible à la fois.. Pour me mater, ma mère utilisait la méthode "douce". Je met des guillemets car douce ne me semble pas appropriée. Plutôt que de cogner, ce qui ne servait à rien chez moi, on disait que j'étais "anti-coup"... elle frappait directement là où ça faisait mal, avec des mots. Et Dieu sait à quel point de simples mots peuvent être dévastateurs...
Puis vient l'absence... Celle d'un père qui m'a dit : à la semaine prochaine... et que je n'ai plus revu...
Les moqueries, de la famille, c'était, pour rire, mais ça m'a jamais fait rire... Bien au contraire...
La pire époque de ma vie... L'adolescence... Collège, rencontre d'une amie (et ça dure depuis 10 ans, je t'aime ma best, t'es ma soeur y'a pas à dire). Et d'une seule... Les autres, bof vite fait en passant. Ils sont sympa devant, et se moquent derrière. J'ai pas le look à la mode, je suis un "garçon manqué", je suis pas spécialement doué en classe en plus et prend rarement la parole, pas parce que je suis bête, mais par peur des moqueries. Et puisque ma vie est laide, autant m'en inventer une... Mais pas une belle, non, une plus moche, comme pour me dire que ça pourrait être pire. A la maison, je fais comme si de rien n'était. J'ai des amis, je dis... Je me suis éclaté aujourd'hui, je dis... Mais ma mère n'est pas conne non plus, elle voit bien que j'ai un souci... Et puis, je ne suis plus parvenu à faire la différence entre réalité et illusion... Je ne savais plus où se situait le vrai du faux... Perdu, je fugue... 24 heures.... puis j'appelle les pompiers... Je suis récupéré par ma soeur au comissariat... Faut que je m'explique, ce que je fais, je ne nie jamais, et puis faute avouée à demi pardonée non?
Je change de collège, c'est pire... Je fous mon année de troisième... J'ai mon brevet je sais même pas comment... Puis je veux faire des études générales... La médecine m'attire... Mais... Mais j'ai changé de collège en milieu d'année, et j'ai pas eu de très bons résultats. Je suis orienté en BEP section comptabilité, et je déteste ça, je fais la promesse de plus rien foutre en cours, et je la tiendrais...
Deuxième année dans ce lycée, là-bas, j'ai des amis... si on peut dire, ils rigolent pas avec moi, ils rient de moi, mais je fait le naïf, je fais celui qui sait rire de lui, je ris de bon coeur à leurs blagues et j'en rajoute même à mon compte... On commence à me donner des prénoms masculins, pour rire, et ça restera... On me pense lesbienne, on se moque de moi à ce sujet, mais personne n'osera me le dire en face... Et moi je me dis juste que je ne suis pas lesbienne, je me dis que j'aurais jamais du naître fille, mais garçon, je sèche les cours et passe mes journées à rêver de la belle enfance et adolescence que j'aurais eue si j'étais né garçon, je me perd dans mes rêves. Je ne sais pas que ça porte un nom... Et puis gros drame de ma vie, mon grand-père, mon modèle, l'homme que j'admire le plus au monde, celui qui m'a toujours accepté tel quel, car je pense aujourd'hui qu'il avait parfaitement conscience de mon trouble, meurt des suites d'un cancer après trois longs mois de souffrances... Jamais je ne m'en remettrais vraiment...
Là je sèche de plus en plus les cours, j'ai trouvé un petit job à côté et me lis très vite d'amitié avec mes patrons, qui me pensent lesbienne et m'accepte tel quel...
Je finis l'année,BEP en poche, un vrai miracle... mais finis le bahut... je veux entrer dans la vie active...