Pour commencer

Pour commencer
Ben il faut que je me présente là...
Alors moi, c'est Guillaume... Et merci de ne pas me nommer par mon nom civil ni me parler au féminin ici.
J'ai 21 ans, et j'ai un problème d'identité.
J'ai le sydrome de Benjamin. Avant d'aller plus loin, je tiens à dire que le syndrome de Benjamin, n'est pas une maladie mentale, ou quoi.
Le syndrome de Benjamin, vient du scientifique Harry Benjamin, qui a décrit le dit syndrome.
Je vais juste vous l'expliquer avec mes mots maladroits : avoir le syndrome de Benjamin, c'est naître dans un corps, qui ne nous correspond pas. Dans mon cas, c'est naître dans un corps de fille, en ayant le mode de pensée d'un garçon. Je suis ce que l'on appelle un ftm : female to male.
Jusque là je suis simple non?
Bon le plus simple pour tout le monde serait de dire : je suis transsexuel. Mais je préfère le terme transgenre. Parce que comme me l'avait dit ma mère, dans transsexuel, comme dans homosexuel, il y a le mot sexuel et elle pense que c'est ça qui fait penser à certains que nous sommes des pervers.
Etre transsexuel, ce n'est pas un choix.
C'est une souffrance terrible, un malaise terrible, une tristesse inimaginable. C'est être triste toute son enfance, toute son adolescence, et parfois sa vie d'adulte. C'est faire façe depuis enfant aux moqueries, aux insultes, aux coups parfois, à l'incompréhension de ses proches et leurs mots qui frappent...
C'est être souvent malheureusement considérés comme malades, pervers, monstres, et j'en passe.
C'est vouloir être aimé et accepter comme tout le monde, et compris... Mais c'est trop souvent être rejeté...
C'est la peur de l'admettre, car cela peut entraîner à l'abandon de la famille, des amis...
Mais être transsexuel, c'est avoir le courage un jour de relever la tête et de dire : je vais aller au bout de mes rêves, je vais avoir la vie que je mérite...

# Posté le dimanche 17 février 2008 16:44

Une vie gâchée et des mauvais choix

Une vie gâchée et des mauvais choix
J'ai les bras qui en tremblent de taper ce que je vais taper... Et j'arrive pas à dormir... Faut que j'extériorise...
Ok j'ai pas à me plaindre on pourrait me dire, y'a pire, etc...
Mais je vais juste vous demander de vous mettre 5minutes à ma place. Immaginez vous passer à côté de votre enfance, de votre adolescence, de gâcher des moments où vous auriez pû vous éclatez, bousiller vos études alors que vous n'êtes pas spécialement idiot... Tout ça parce que vous êtes mal dans votre peau, parce que vous avez un problème d'identité... Immaginez-subir des moqueries et des critiques pendant des années et toujours faire comme si ça aller. Immaginez-vous vous faire dévalorisez au point de vous dévalorisez vous-même, de ne plus avoir confiance en vous, de ne plus oser sortir, de ne plus oser parler à des inconnus, de vous isoler socialement, de vous haïr au point de vouloir faire du mal à votre corps, de pleurer sans même trop savoir pourquoi parfois, d'avoir un dégoût de votre corps au point d'en avoir la nausée devant votre miroir....Vous-y êtes ? Bienvenu dans mon monde....

Je vais essayer de faire court pour le passé, car le présent m'intéresse, et comme je dis : le passé est le passé...
On va commencer par mon enfance...
Dur, très dur... Les enfants sont cruels entre eux. En primaire, pas d'amis.. et comme si les moqueries des autres ne suffisaient pas, j'ai subies celle d'une maîtresse que j'ai eu pendant deux ans. A la maison, incompréhension totale. Je ne suis pas comme mes soeurs (une grande et une petite). J'aime les jeux de garçon, je suis dur, très dur, mais sensible à la fois.. Pour me mater, ma mère utilisait la méthode "douce". Je met des guillemets car douce ne me semble pas appropriée. Plutôt que de cogner, ce qui ne servait à rien chez moi, on disait que j'étais "anti-coup"... elle frappait directement là où ça faisait mal, avec des mots. Et Dieu sait à quel point de simples mots peuvent être dévastateurs...
Puis vient l'absence... Celle d'un père qui m'a dit : à la semaine prochaine... et que je n'ai plus revu...
Les moqueries, de la famille, c'était, pour rire, mais ça m'a jamais fait rire... Bien au contraire...
La pire époque de ma vie... L'adolescence... Collège, rencontre d'une amie (et ça dure depuis 10 ans, je t'aime ma best, t'es ma soeur y'a pas à dire). Et d'une seule... Les autres, bof vite fait en passant. Ils sont sympa devant, et se moquent derrière. J'ai pas le look à la mode, je suis un "garçon manqué", je suis pas spécialement doué en classe en plus et prend rarement la parole, pas parce que je suis bête, mais par peur des moqueries. Et puisque ma vie est laide, autant m'en inventer une... Mais pas une belle, non, une plus moche, comme pour me dire que ça pourrait être pire. A la maison, je fais comme si de rien n'était. J'ai des amis, je dis... Je me suis éclaté aujourd'hui, je dis... Mais ma mère n'est pas conne non plus, elle voit bien que j'ai un souci... Et puis, je ne suis plus parvenu à faire la différence entre réalité et illusion... Je ne savais plus où se situait le vrai du faux... Perdu, je fugue... 24 heures.... puis j'appelle les pompiers... Je suis récupéré par ma soeur au comissariat... Faut que je m'explique, ce que je fais, je ne nie jamais, et puis faute avouée à demi pardonée non?
Je change de collège, c'est pire... Je fous mon année de troisième... J'ai mon brevet je sais même pas comment... Puis je veux faire des études générales... La médecine m'attire... Mais... Mais j'ai changé de collège en milieu d'année, et j'ai pas eu de très bons résultats. Je suis orienté en BEP section comptabilité, et je déteste ça, je fais la promesse de plus rien foutre en cours, et je la tiendrais...
Deuxième année dans ce lycée, là-bas, j'ai des amis... si on peut dire, ils rigolent pas avec moi, ils rient de moi, mais je fait le naïf, je fais celui qui sait rire de lui, je ris de bon coeur à leurs blagues et j'en rajoute même à mon compte... On commence à me donner des prénoms masculins, pour rire, et ça restera... On me pense lesbienne, on se moque de moi à ce sujet, mais personne n'osera me le dire en face... Et moi je me dis juste que je ne suis pas lesbienne, je me dis que j'aurais jamais du naître fille, mais garçon, je sèche les cours et passe mes journées à rêver de la belle enfance et adolescence que j'aurais eue si j'étais né garçon, je me perd dans mes rêves. Je ne sais pas que ça porte un nom... Et puis gros drame de ma vie, mon grand-père, mon modèle, l'homme que j'admire le plus au monde, celui qui m'a toujours accepté tel quel, car je pense aujourd'hui qu'il avait parfaitement conscience de mon trouble, meurt des suites d'un cancer après trois longs mois de souffrances... Jamais je ne m'en remettrais vraiment...
Là je sèche de plus en plus les cours, j'ai trouvé un petit job à côté et me lis très vite d'amitié avec mes patrons, qui me pensent lesbienne et m'accepte tel quel...
Je finis l'année,BEP en poche, un vrai miracle... mais finis le bahut... je veux entrer dans la vie active...

# Posté le dimanche 17 février 2008 18:51

L'élément déclencheur

L'élément déclencheur
Après ma dernière année de lycée, je bosse mes deux mois de vacances avec mes patrons. Le boulot commence le matin à 7h30, jusqu'à 12H30, là on ferme pour réouvrir à 15h30 jusque 19h30...
Donc ce jour là, c'est le début des vacances, mes patrons me proposent comme souvent d'aller manger chez eux, mais ma mère me laissait pas souvent sortir, elle m'a surprotégé, à cause de pb eu dans mon enfance...
Alors je refuse poliment et comme toujours rentre manger chez moi avec elle. On a notre train-train, je rentre, on mange tous les deux devant la télé, on boit un café devant les infos et ma mère regarde souvent des émissions ensuite comme c'est mon choix par exemple.
Ce jour là, c'était toute une histoire. Cette émission n'était pas très vieille à cette époque d'ailleurs... C'est là que je fais la connaissance de quelqu'un qui sera très connu ensuite : Erwan, qui a fait l'émission secret story.
Mais c'est pas ça qui est vraiment important. Ce qui est important, c'est que ma mère et moi on mate cette émission, qu'on entent Erwan dire qu'il allait prier à l'église tout les jours etc, car il se sentait garçon, prisonnier dans un corps de fille. Là on apprend que ça s'appelle le syndrome de Benjamin, le transsexualisme. Et...qu'on peut changer de sexe... J'ai eu l'impression qu'un tas de pièces de puzzle s'embriquaient dans ma tête. J'aurais peut être eu connaissance de mon problème avant cette émission, si comme Erwan j'avais eu internet, j'aurais certainement fait des recherches... je pense pas que j'aurais tapé comme lui fille qui n'en ais pas une mais je sais que je serais tombé dessus. Mais j'avais pas internet.
D'habitude, on débattait ma mère et moi devant les émissions, mais là, on a pas dit un mot... J'ai eu peur, je m'en rappelle très bien. Déjà, quand il y avait des reportages sur les homosexuels j'avais peur. Peur que ma mère me demande si je l'étais etc... Mais alors là... J'avais très peur, peur qu'elle est compris aussi bien que moi ce qu'il m'arrivait....
Je suis reparti bosser. Et j'ai pas tenu longtemps avant d'en parler. Direct je l'ai dit à mon patron, car je savais qu'il me rejetterais pas, et il m'a dit qu'il le savait. Ils m'ont dès lors soutenus, même si à l'heure d'aujourd'hui nous nous sommes perdus de vue....Puis est venue celles qui m'ont le plus aidé....

# Posté le dimanche 17 février 2008 19:04

Deux personnes qui m'ont tirés vers le haut

Deux personnes qui m'ont tirés vers le haut
Voilà la fin des vacances, je ne travaille plus pour mes patrons. J'ai qu'un BEP en poche... Je m'inscris chez manpo, je commence à bosser en intérim à l'usine, je suis manutentionnaire. Je suis bosseur, c'est une qualité qu'il faut pas m'enlever, c'est rare que je me jette des fleurs mais là c'est vrai lol.
Je suis vite remarqué par la soeur du patron, elle voit en moi quelqu'un de travailleur et de droit. Elle me confie à un employé pour que je fasse, un job d'homme. A ma plus grande joie. Elle a vite compris mon trouble. Je suis rentré dans cette usine en me faisant appelé par mon nom de famille, détestant mon prénom de fille. Entre ça, mon look et le fait que je m'isole en pause, que je parle pas, elle a vite capté. Je commence à apprendre le travail sur massicot. Une grosse machine, je bossais dans une imprimerie de luxe..
Là, celui qui m'apprend le taf me propose de me parler au masculin, ils sont tous tolérants avec moi, sauf deux cons qui se foutent de ma gueule mais bon... Je brûle d'envie de dire oui, mais par crainte, je décline poliment... Puis je comprend vite qu'ils vont me garder, ça fait des mois qu'ils renouvellent mon contrat d'intérim... J'attend proposition, puis je sais plus pourquoi, je quitte cette usine, je crois que les moqueries des deux cons m'avaient atteint de trop... Bref, je suis manutentionnaire dans une autre usine, conditionnement en parfumerie.. Je bosse, on me dit rapide et silencieux, et donc, je suis souvent appelé pour travailler.
Un soir, je me confie à ma cousine. N'osant pas lui dire que je suis transgenre, je lui dis d'abord que je suis lesbienne, pour voir... La conversation continue et je lui avoue, comme si j'avais tué quelqu'un, enfin je veux dire, avec autant de honte, mon trouble... Elle se marre mais m'accepte, et personne ne capte pourquoi elle me donne un prénom masculin et me parle au masculin... On dit de nous : elles sont tarées ces deux là... J'en ris aujourd'hui.
Puis j'en parle à ma soeur de coeur, celle qui fait que je suis encore en vie aujourd'hui, celle qui m'a toujours compris et soutenu. Elle est même pas étonnée.. Elle avait déjà depuis deux ans commencé à me donner le surnom de Ni ( elle-même ne sait pas d'où elle le sort lol) car elle avait parfaitement conscience de mon problème, et ce jour là comme aujourd'hui, elle m'a dit qu'elle me soutenait à 100%,qu'elle m'aimait comme je suis, qu'elle me jugerait jamais, que je serais toujours son frère... Je me rappelle de ce jour où elle a dit mon frère au lieu de ma soeur....
Puis ma cousine et elle m'ont rendu confiant... Je me sentais mieux, on me parlait au masculin, tout allait bien... Ma cousine qui me sortait : le jour où tu te fais opérer je te saute dessus si t'es réussi...
Rencontre d'un pote, qui me parlera qu'au masculin....Perdu de vue lui aussi...
Puis l'envie de plus en plus préssente d'en parler à ma mère

# Posté le dimanche 17 février 2008 19:27

Ma mère

Ma mère
Annonce à ma mère, entre midi et deux autours d'un café (décidément ! ).... Je me souviens que je la rassure beaucoup, lui expliquant que c'est pas sa faute, que je lui en veut pas etc... Je veux surtout pas qu'elle culpabilise, qu'elle souffre. Mais comme elle me le dira, biensur qu'elle souffre de savoir son enfant mal à ce point dans sa peau, biensur qu'elle s'en veut même si elle n'y est pour rien... Mais...elle me comprend et me soutien, même si elle pense ou espère que c'est une lubie et que ça me passera... Elle m'aime, c'est ma mère, tout ce qu'il lui importe, c'est que je sois heureux... Je vous dis pas ma joie, j'ai conscience de la chance que j'ai d'être ainsi accepté...C'est pas le cas de tous le monde... On va faire les courses, ma mère a des problèmes de dos et c'est moi qui porte les sacs de courses. Dans la voiture on en reparle, je me rappelle comme je suis heureux à cette époque... Là elle me dit en me parlant de ma tante : c'est marrant parce que ***** m'a dit hier au tél que ton problème c'était un problème d'identité, tu vois elle te vois pas souvent mais elle a vu juste...
Puis un peu plus loin elle me demande d'y aller doucement pour l'annoncer à certains membres de ma famille. Exemple : mon beau père, mes neveux car ils sont petits, ma petite soeur car elle est en pleine crise d'ado.
Mais j'en parle à tous les autres et celle qui m'étonnera le plus c'est ma grand-mère, la plus tolérante de tous... Bon mes soeurs disent que j'ai toujours été son chouchou lol et j'en ais parfaitement conscience... lol
Fort de tout ça, je décide d'en parler à mon médecin pour voir ce qu'il va me dire, surtout pour qu'il m'aide et m'explique les démarches à entreprendre car je ne connais rien de tout ça....

# Posté le dimanche 17 février 2008 19:40